Depuis mon enfance, j’aidais ma maman à déballer les livraisons d’habits et à les ranger sur les étagères du magasin. À cette époque, la grande majorité des vêtements vendus étaient produits en Belgique. Trente ans plus tard, la provenance des habits a pris une allure plus asiatique.
Pendant ce temps, en occident, la tendance est à la sur-consommation. Bien que les prix soient plus démocratiques, le prix d’un vêtement ne correspond pas au coût réel de sa production.
Alors peut-on se demander quel est le prix réel d’un vêtement, et quels sont ses coûts cachés ?
Le coût environnemental et sanitaire. En 20 ans la production d'habits a doublé. Cela engendre évidemment un impact énorme sur notre planète. Pour suivre les demandes actuelles du secteur textile, ce sont toutes les ressources qui doivent être démultipliées. En Ouzbékistan, la mer d'Aral couvrait, au début des années 1960, une superficie de 66 458 km², soit plus de deux fois la superficie de la Belgique. L’intensification de l’agriculture du coton, très demandeuse en eau, a vu la mer d’Aral perdre 90% de sa superficie. L’utilisation d’engrais et de pesticides dans l’agriculture, aussi bien que des dizaines de produits chimiques toxiques utilisés dans les usines de teintureries et de filages commettent des désastres sur la santé et l’environnement. En Inde, le nombre d’ouvrières atteintes de cancers augmente, ainsi que de nombreux cas d’infertilité et d’enfants nés handicapés. La majorité des vêtements que l'on porte contient des produits chimiques pouvant avoir des effets néfastes sur la santé.
Le coût humain. Les grandes marques sous-traitent leurs productions dans des pays à économie low-cost où la main-d’œuvre ne coûte presque rien. Les travailleurs sont mis sous pression et sont dans l’obligation d’atteindre des quotas de production. Les patrons d’usines, quant à eux, répondent aux directeurs des grandes marques qui à leur tour répondent à une demande croissante en occident. En Indonésie, des travailleurs se sont regroupés en syndicat pour exiger un salaire minimum décent, de meilleures conditions de travail et surtout un changement de législation au niveau national.
De retour en Belgique, on fait face à un dernier problème de taille : le manque de transparence de l’industrie textile. Quelle que soit la marque, quel que soit le prix du produit, on ne peut plus savoir aujourd’hui si le vêtement a été produit dans de bonnes conditions ou non.
Stéfanne Prijot, réalisatrice